Guillaume Allenet, de l’engagement LGBT à la chose publique

par admin dans Membres

Dès vos études à l’IEP de Paris, vous avez favorisé l’emploi en banlieue, puis la défense des droits LGBT en prenant la présidence du CAELIF (Collectif des Associations Étudiantes LGBT d’Île-de-France). Par la suite, vous avez été membre du cabinet de la ministre Madame Vallaud-Belkacem et de l’équipe de Madame Hidalgo. Actuellement, vous êtes chargé des affaires publiques de la MAIF, l’assureur militant. Guillaume, le mot qui peut donc résumer le plus votre personnalité est « engagement ». En effet, que ce soit dans le domaine associatif, politique, voire professionnel, vous avez un parcours actif et original, au service de causes qui vous sont chères. 

Les propos tenus n’engagent pas Perspectives.

Votre premier pas dans l’engagement, à peine entré à l’IEP de Paris, a été la mise en place d’une association sur la mixité sociale en banlieue à travers l’emploi. Pourriez-vous nous en dire davantage sur votre rôle et sur, selon vous, les priorités actuelles de l’emploi des jeunes des quartiers moins favorisés ?

Cette association consistait à mettre en relation des entreprises avec des jeunes éloignés du marché de l’emploi, géographiquement ou socialement. Des séances de coaching, la mise à disposition de fiches sur les différents contrats de travail ou comment rédiger un CV et des forums entre entreprises et adhérent étaient notamment proposés. J’ai participé à la création de cette association, où j’ai occupé le poste de secrétaire général de façon très courte puisque je me suis concentré par la suite sur d’autres engagements, notamment politiques ou en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes ou pour le mariage pour tous.

Le souci actuellement est que nos formations sont trop peu professionnalisantes, pas assez tournées vers la mise en pratique et que les voies professionnelles sont trop dévalorisées. Aujourd’hui, un bachelier n’est pas suffisamment opérationnel sur le marché du travail, d’autant plus dans les quartiers moins favorisés. La priorité doit donc être la formation, à la fois initiale et bien sûr continue.

La priorité doit être réduction de l’éloignement du marché du travail et donc d’un chômage de file d’attente.

Je pense que la garantie jeunes mise en place par la loi El Khomri en proposant un parcours de formation et d’accès à l’emploi pour les 16-25 ans particulièrement vulnérables, va dans le bon sens.

Les emplois francs, un dispositif d’incitation pour favoriser l’embauche de jeunes qui résident dans des zones urbaines sensibles à fort chômage, sont aussi pertinents et doivent pousser les entreprises à se tourner vers ces publics.

D’une manière générale, le taux de chômage chez les jeunes avoisine les 25%, les sociétés recrutent de plus en plus de CDD ou de contrats temporaires que de CDI, voire exigent que leurs collaborateurs soient micro-entrepreneurs. La préoccupation du chômage est une question primordiale en France, notamment à l’approche de l’élection présidentielle. D’après vous, quelles solutions devraient être mises en place pour favoriser l’emploi, notamment chez les jeunes ?

 Même si d’une façon générale ces formes « atypiques » d’emploi, que sont les CDD, les stages, les intérims, sont certes plus précaires qu’un CDI, ils restent néanmoins des portes d’entrée sur le marché du travail et peuvent être une première étape vers un CDI.

Aujourd’hui les désirs d’emploi, si je peux employer cette expression, chez les jeunes ont changé, avec le développement du numérique, des plateformes en ligne, de l’économie collaborative et de l’entreprenariat. Beaucoup souhaitent monter leur start-ups et la France dispose d’un grand dynamisme en la matière. Ces start-ups créent de la richesse, de l’emploi et de l’innovation et, pour ce qui est des jeunes, je pense que les politiques publiques doivent davantage être tournées vers le soutien à ces initiatives, à la fois financièrement, mais aussi en matière d’infrastructures (incubateurs) ou de simplification administrative.

Enfin, les établissements d’enseignement supérieur et le service public de l’emploi doivent renforcer leurs liens, de façon à anticiper la recherche d’emploi des étudiants et à améliorer le « matching » sur le marché du travail.

 Puis, vous avez été président du CAELIF (le Collectif des Associations Etudiantes LGBT d’Ile-de-France).  Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager sur cette thématique ?

 Naturellement, ma vie personnelle ! Mais aussi le fait que j’ai toujours considéré que les inégalités, lorsqu’elles n’étaient pas combattues, ne pouvaient que s’accroître, et que personne n’avait à y gagner.

Cela n’aurait pas été concevable pour moi de ne pas m’engager sur ces sujets. Le contexte était par ailleurs particulier : la gauche venait d’arriver au pouvoir, le mariage pour tous était débattu, nous vivions au rythme des manifs pour ou contre le mariage, qui ont par ailleurs libéré une haine sans précédent, et il y avait une fenêtre de visibilité pour ces sujets et une occasion inespéré pour en débattre. C’est dommage qu’il y ait eu des débordements qui ne font vraiment pas honneur au débat public.

 Depuis l’adoption du mariage pour tous, quel vous semble être le sujet majeur pour les personnes LGBT et pourquoi ?

 On a pu lire que le mariage pour tous était l’aboutissement du militantisme LGBT. C’est faux, justement, c’est uniquement le début !

Bien sûr les questions de filiation restent à traiter, notamment PMA pour tous les couples et GPA, qui doivent faire l’objet d’un débat bien distinct et, je pense, avoir une dimension éthique forte.

Pour les jeunes LGBT, le coming-out reste un sujet tabou dans beaucoup de familles. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire, notamment en milieu scolaire. Le taux de prévalence du risque suicide est de 3% dans la population française, quand il est de 13% chez les personnes LGBT.

Enfin, la recrudescence sans précédent des MST, notamment chez les jeunes LGBT, et plus particulièrement dans les grandes villes, doit initier une vraie réflexion sur la sexualité des ados, qui se protègent moins qu’avant.

Et j’oublie beaucoup de sujets : la banalisation de l’homophobie, l’homophobie en milieu sportif, les droits des transsexuels…

Cette volonté de faire avancer les domaines qui vous tiennent à cœur, vous l’exprimez ensuite à un échelon plus politique au cabinet de la ministre Najat Vallaud-Belkacem, puis dans l’équipe de campagne d’Anne Hidalgo.

Le monde politique est passionnant, mais peut se révéler exigeant ; à quels défis majeurs avez-vous eu à faire face ?

Chez Najat Vallaud-Belkacem, quand elle était ministre des droits des femmes, porte parole du Gouvernement, les défis étaient absolument gigantesques. On parlait à l’époque (déjà…) de remettre en cause l’avortement en Espagne ! Et aujourd’hui, à l’occasion des débats sur l’IVG et le délit d’entrave, on a pu entendre à nouveau ce droit pour les femmes de disposer de leur corps remis en question et je trouve cela inacceptable. On peut penser au décret signé par le nouveau président américain aussi… Au ministère, j’ai pu aussi travailler sur les violences faites aux femmes (est-il pensable qu’on puisse mourir sous les coups de son mari en France en 2017 ?) ou encore la garantie d’impayés des pensions alimentaires.

Ce sont des sujets qui me tiennent particulièrement à cœur et la politique est effectivement exigeante. D’un côté des lois sont votées pour assurer l’égalité entre les femmes et les hommes et de l’autre côté, ceux qui les votent, charrient une ministre qui « suce son stylo érotiquement », sifflent une autre ministre en robe et imitent un bruit de poule quand une député prend la parole.

Dernièrement, vous avez intégré la MAIF, qui se revendique « assureur militant », en tant que chargé d’affaires publiques. Est-ce à dire que, même dans un domaine lucratif, vous souhaitez donner une dimension sociale à votre travail ?

Evidemment, je n’ai jamais rien fait sans conviction et je n’ai pas l’intention de commencer !

La MAIF est une très belle entreprise, qui porte un vrai projet de société, basé sur la valorisation du lien social, l’économie collaborative, les mutations de notre monde sous l’effet des GAFA ou de l’intelligence artificielle. C’est une entreprise mutualiste, avec une grande culture du dialogue et de la démocratie. Je me reconnais totalement dans ces valeurs.

Dans un tout autre registre, le domaine sportif, vous avez aussi excellé, en étant distingué au championnat de France de horse-ball. Parlez-nous de ce sport peu répandu en France !

Excellé, c’est un bien grand mot et c’était il y a longtemps ! J’ai effectivement fait de l’équitation pendant de nombreuses années et j’ai pratiqué le horse-ball en compétition. Ce sport se joue par équipe de 6 (dont 2 remplaçants). Les joueurs disposent d’un ballon muni de anses afin de le tenir en main, et il faut faire un minimum de trois passes consécutives avant de marquer un but dans un cerceau placé à la verticale à chaque bout du terrain. Par ailleurs, les anses autour du ballon servent à ramasser le ballon à terre, ce qui est très physique, et à l’arracher à l’adversaire. Au salon du cheval, l’équipe de France de Horse Ball fait des démonstrations chaque année !

Vous qui êtes membre de Perspectives, qu’est-ce qui vous plaît dans le Club ?

J’aime sa diversité, sa spontanéité et sa convivialité. C’est aussi un réseau de rencontres très riche qui permet de confronter sa réflexion à celle d’autres personnes en toute convivialité. 

Vous avez participé au premier événement « Les jeunes et l’entrepreneuriat », qu’en avez-vous retenu ?

J’ai surtout retenu les formidables parcours de Jacques-Antoine Granjon, PDG de vente-privee.com, et d’Adrien Aumont, fondateur de Kiss Kiss Bank Bank. Ce sont des success story qui sont des exemples pour nous.

Une dernière question, récurrente dans nos entretiens, avez-vous un modèle et quel est votre rêve ?

J’aime beaucoup l’Afrique du Sud et Nelson Mandela. Son histoire est tellement inspirante en matière d’engagement, de convictions et de réconciliation.

Et mon rêve : continuer à vivre selon mes idées, librement, avec conviction !

Merci beaucoup, mon cher Guillaume, de nous avoir accordé cet entretien très instructif !